Jeu suis un Jeun Marre aucun,à Jet de Car honte tant,serre yeux,ment signe zoo- logique est là Bas lance.Art à baiser de Longue Matte eternelle….Mes lois-irs sont:là mere,là danse OR ientale,et Voix et âge.J’esse perd queue vous me Part dos nez mais foot d’ortho grave…
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Zarriat Labled/Pourquoi écrire?
Habiba Zougui
Grain du Bled »1 ou Pourquoi écrire?
Picasso a dit un jour qu’un tableau ne vit que par celui qui le regarde ; le texte lui ne vit ; et n’existe que par celui qui le comprend, déguste son goût et scrute non seulement ce qui est explicite ; mais ce qui est en filigrane aussi.
Depuis la nuit des temps, nos ancêtres ont cru à ce culte qu’est l’Ecriture. Ils traçaient des grimoires sur les murs, sur les pierres. A travers le temps l’Ecriture a connu plusieurs changements et métamorphoses.
En fait écrire est indispensable à la vie, écrire c’est agir, c’est échanger ses idées, c’est échanger ses points de vue ses préoccupations et ses rêves.
Paul Ricœur a dit : « la destruction est un moment de toute nouvelle fondation. ».Cette destruction qui se veut comme étant une fondation, je l ai rencontré en lisant le Roman du Docteur : Habib Daim Rabbi, intitulé Grain du Bled (ZARRIATE LBLAD)
Une approche immanente du roman (écrit en arabe), nous décèle une authenticité et une originalité incomparables.
De prime abord, le roman s’avère être un roman du bled. Certes l’ancrage temporel, spatial, et langagier ; se référent à une réalité purement marocaine. En effet, notre langage maternel à savoir le dialectal enferme dans ses entrailles des mots de l’arabe classique.
L’écrivain nous renvoie à l’étymologie des mots, à leurs graphies conçues correctement à titre d’exemple : Dayl omak (La queue de ta mère) le commun des mortels l’articule autrement Dine omak (la Religion de ta mère) chose qui parait insensé sinon dingue. Le romancier amalgame le classique et le dialectal, cet usage n’est nullement arbitraire mais fonctionnel.
Le roman Grain du Bled est un roman « local» .Il défie l’archétype structural du roman .En effet, le présent roman n’oscille pas entre la structure romanesque occidentale ni celle orientale.
A travers la narration, on capte les traits du génie de L’Ecrivain. Sa fascination émeut ; et à travers le déroulement de l’action, il dévoile la réalité verbalement ; et dévoiler c’est vouloir changer.
A cet égard, j’avance sans aucune réserve ,que l’objectif du narrateur est de « changer » le contenu et le contenant .En fait il raconte ,et recourt à des situations humoristiques ; à travers lesquelles ;il crée des effets stylistiques .L’humour noir devient un outil pour changer le statu quo ,il le remplace par un autre horizon d’attente
Il interroge les mentalités ; les mots et les maux avec un humour révélateur .Il peint le vécu et le rencontré ; il nous dévoile devant nous même en vue de remettre les mots et les faits en question .Il crée un écart, écart qui se veut innovation, création.
L e roman se veut le miroir qui reflète notre langage, qui nous est intrinsèque. Nos visions du monde, il reflète par sa transparence, notre bassesse qui règne ici bas, nos faiblesses sous leurs nombreuses facettes et avec mille et une couleurs .Donc, le narrateur essaye de peindre cette réalité percée, trouée ; il ne nous l’embellit pas ; mais il l’expose nue, avec ses valeurs, ses contradictions ; ses manies et ses préoccupations.
Et « pour (la) faire surgir il faut un acte concret qui s’appelle la lecture »(Sartre)
On se dévoile par la lecture .En fait lire devient se dévoiler.
Le Docteur Habib Daim Rabbi scandalise, crée l’écart, la différence. Cet écart se concrétise sur tous les niveaux entre autres, on peut citer : le niveau rhétorique, le structural ; le narratif et le stylistique.
Le roman se veut, par excellence, un terrain d’investigation très riche .En effet, l’humour est doublement utilisé, il crée des situations d un rire noir, on rie et on remet les situations, les arrières fond idéologiques et les clichés socioculturels.
Le narrateur se veut encore, unique en son genre, dans la mesure où il nous offre un récit où la lecture devient une autre écriture .Une (re)écriture d’un autre degré et avec d’autres techniques.
Le plaisir de lire est un pacte entre le narrateur et le lecteur/fictif (narrataire).En offrant au lecteur un pacte, le narrateur tend en quelques sortes un piège : il veut plaire le lecteur fictif, l’intéresser, ou le convaincre…
Une lecture créative, loin de « tuer » le plaisir de lire, ne fait que l’aiguiser, loin d’étouffer la sensibilité, elle contribue à la rendre plus vive, plus dynamique, plus active.
La lecture avec L’Ecrivain H. D. Rabbi, bat en brèche les prototypes. Le roman s’avère être une occasion pour participer au jeu de l’innovation.
Lire devient une tâche exigeante, lire est à la fois un divertissement et avertissement. Avertissement pour un lecteur passif non averti. En fait, le lecteur n’est pas un simple consommateur, mais le lecteur virtuel de D. Rabbi est un actif voire un Créateur qui revêt le statut de l’émule du Narrateur armé, qui se veut omniprésent, c’est le Dieu qui manipule non seulement ses personnages mais qui peut aller jusqu’à manipuler le lecteur fictif.
La narration n’est pas du tout une répétition du schéma classique ; mais en narrant le narrateur nous surprend, nous charme.
« L’art est un moyen de conquérir »(Sartre), dans ce sens narrer devient conquérir ; et pour conquérir on a besoin d’armes, chose dont le narrateur dispose. On lit ; on ne peut pas rêver ; vu l’absence d’une synopsis d’amour. On rêve pas mais on devient comme un soldat qui a peur d’être encerclé ; envahit par les soldats de l’ennemi, à savoir les astuces narratifs …
Dans ce roman alternent des descriptions d’attitudes ;des paroles rapportées et la mention des pensées cachés qui expliquent les gestes ;les paroles et les implicites d’ordre socioculturel .La description devient fonctionnelle dans la mesure où elle donne des renseignements d’ordre psychologique et social sur des personnages (portraits)
Dans son livre Qu’est ce que la Littérature ? J. P. Sartre a écrit : »l’objet littéraire est une toupie, qui n’existe qu’en mouvement permanent .Le déroulement des actions se fait d’une façon mouvementée et fascinante.
En lisant Grains du Bled je vous conseille d’être vigilant car la surprise est élément permanent et vital dans le roman. Le lecteur virtuel revêt le statut du créateur ; celui qui participe au jeu narratif et non un simple récepteur /consommateur.
En fait le passage : exercices pratiques (pour tester la stupidité) nous montre combien il faut être habile en abordant le roman.
Pour clore je vous invite à une lecture créative du roman ; car il vaut une lecture avec un grand”L.”
1- Zarriat Lblad, Habib Daim Rabbi, Imprimerie AlAhmadya, Casablanca, 2005.
A dumb lover
By Habib daim Rabbi
“ I will not profess , as a lover, that life without love is pure wreckage. Nor will I deny its bitter sweetness, the way those who have never experienced love will do. Nor even will I confirm it as fervently as those who have lived it to the last breath of life.
Love may be a delicious fantasy experienced with the same pleasure that wine, honey and poison are tasted. Yet, unilateral love may throw the whole story down to the abyss of the Self where the Other is waiting to slaughter the one who will love from all his heart….”
Bad luck made him stumble over an unexpected question. An unbearable man asked him, on no occasion, about the meaning of the word “Dumb” which an unknown lover has started his poem with. In vain, he followed the movement of the flowing lips: dumb, dumb, dumb…
He picked no signal out of all the mimes. After a while, when he was running out of patience, there comes relief. He answered, in trouble:
- “Dumb” is related to whoever does not react or, rather, whoever means not to speak.
That was the end of the grudging encounter between a heavy-going inquirer and a heavy-hearing answerer.
The curious man will go further in his folly while the deaf one will pout recklessly. He will surely remember this moment with indignation and spit in the face of impudence. However, there will be some doubts, in his mind, regarding the word “Dumb”.
It might sound to him inappropriate as a synonym of “being speechless”. Why does dictionaries not accord the very word to the people who cannot hear like him? But that may lead sidewise beyond the logic of the story.
He was silently burning with her love. He would watch her from afar just to have a glimpse of the jar touching her wild hair whenever she would head for the spring. Love is humiliating but , when it comes to a dumb man, love turns repulsive.
He has gone further in his loss. With that beauty walking by, his eyes turn into two gateways for a rhymeless dumb poem. What a beauty! It is just as if his love was pacing on a cloud: swift, light and dumb.
She crosses the hill to and fro. He can no longer keep his distance. He contemplates his “dumb girl” through the stems of sugar canes. The secret is no more exclusively his, it has already become hers too. There also can be a third party, the censurer, who may invade the scene to inquire about what a so-called poet said in his love poem.
Now, despite her earlier refusal, there she comes closer and closer. She herself can no longer resist his love.
Being dumb like him, she handed him his a cane quiver to pour his breath within. He did . His tears flowed down on the cane piecing it into seven holes. From that time on, in the same fields, flutes with the slightest puff of air, would sing very sad notes which censurers attribute to a dumb lover who used to hide away in the sugar-cane fields!
***********
Translated by Mohamed Saïd Raïhani
Livre-Guide: Sidi Bennour et sa région
Michel Amengual (15/1/2008 .
Je ne voudrais pas perdre la confiance placée en moi par El Hadi Mounir qui me reproche de ne pas avoir parlé du « petit guide d’El Jadida »… mais je n’ai pas parlé non plus du guide de Laurent Guinard, ni de celui, pourtant fort intéressant et écrit en arabe de mon très cher ami Habib Daïm… Comme je n’ai pas parlé non plus des guides bleus du temps du Protectorat. (J’en ai un exemplaire datant de 1925 : un véritable bijou… à l’égal de celui de Mustapha Jmhari, qui n’est pas pour moi un guide, au sens moderne du terme : pas d’adresses, des photos plutôt modestes, aucune ne recherche dans la mise en page, mais une mine inépuisable d’informations, qu’on ne trouve pas ailleurs : C’est mon livre de chevet. C’est souvent à partir de son ouvrage que je développe mes chroniques). Et je regrette qu’El Hadi Mounir me prête des arrières pensés (règlement de compte, dit-il…) Mais on m’en prête tellement. On dit qu’on ne prête qu’aux riches. Rassurez-vous, je ne le suis pas et l’argent ne m’a jamais intéressé; et ceux qui me connaissent savent que je n’ai jamais reçu le moindre centime de qui que ce soit, pour quelque service que ce soit. Ni ne veux en recevoir. Le bénévolat à l’état pur. Voyez-vous, je suis journaliste, je raisonne en journaliste. Et je vis en journaliste.
C’est par pure confraternité et amitié, je n’ai pas voulu parler du « Petit guide d’El Jadida ». D’abord parce qu’il est à l’affiche permanente de rusibis.com et cette publicité peut suffire. Et d’autre part, si j’avais eu à dire au moment où il est sorti ce que j’en pensais, on aurait dit : c’est encore un règlement de compte ! Car ce que j’en pense, puisque vous me le demandez, et je ne veux pas me dérober à votre critique : c’est qu’il n’est ni complet, ni pratique, ni gratuit.
Ni complet, parce qu’il y manque de nombreuses adresses et qu’il n’est pas neutre comme un vrai guide se doit de l’être. Ni pratique : la carte d’El Jadida, divisée en 11 pages est difficilement maniable ; les photos sont belles, mais peut-être un peu trop sophistiquées dans leur coloriage ou leur montage, (c’est mon avis que d’autres sont autorisés à ne pas partager !) Il y a trop de caractères typographiques différents qui lassent l’œil au point qu’on en perd la lecture; et certaines pages au fond trop vert ou trop rouge ou trop bleu rendent le texte en blanc en surimpression difficilement lisible… Et puis le Prix : Vendu à 100 Dh, voire 150 Dh, pour un opuscule de 70 pages (dont 20 pages de pure publicité !) … c’est un peu cher pour les touristes. C’est en tous cas ce qu’ils disent. Surtout qu’on trouve chez les bazaristes de la Cité de beaux ouvrages sur le Maroc pour moins cher.
Et puis, une dernière petite confidence : La photo du fauconnier en page de couverture, reproduite également en page 35, du « petit guide d’El Jadida » j’en suis l’auteur. J’ai été très fier de la voir publiée, même à mon insu. J’aurais aimé seulement être averti au préalable… Cela m’aurait semblé correct. Mais je pense que le vieux Kadour a bénéficié des retombées commerciales d’un livre vendu 50 à 100 fois plus cher que la carte postale que j’ai réalisée, gratuitement, pour les Editions Lif tirée à 1000 exemplaires, vendue 2 ou 2,5 DH pièce, distribuée seulement dans quelques kiosques de la seule région des Doukkala, et dont l’Association des Fauconniers Lakouassems a reçu 200 exemplaires, remises en main propre à leur Président par le Directeur des Editions, en Juillet dernier… Au demeurant, je suis content d’avoir ce « Petit Guide » d’autant plus qu’il m’a été très gentiment dédicacé par son auteur.
Mais voyons, reparlons du Nouveau Guide : Complet. Pratique. Gratuit…
07/07/2008
Habiba zougui
la médiathèque Idriss Tachfini fut honorée,dernièrement, par la présence de l’écrivain Doukkali Habib Daim Rabbi ;
Cet écrivain local dont la localité revêt l’aspect de la mondialité..
Cette rencontre fut comme étant l’inauguration des activités de l’association « café littéraire Mazagan » ;et par la même occasion une rencontre ouverte avec l’écrivain Habib Daim Rabbi, vu sa présence culturelle et son dynamisme . Le poète Mohamed Mostakim ; poète Jdidi ; a débuté la rencontre par un mot de l’association ;et par un autre où il a présenté l’écrivain ..M. Mostakim, a essayé d’élaborer une réciprocité entre l’écrivain et l’espace qui l’a accueilli et au sein duquel il mène toujours le restant de sa vie.
Après le mot de Mohamed Mostakim ;ce dernier étant le modérateur de la rencontre a donné la parole à la poétesse Habiba Zougui ,qui a lu la nouvelle de Habib Daim Rabbi, 3achikon Akhrass, épris muet (déjà publié) et sa traduction.
Eh oui !par où commencer et que dire en présence de Habib Daim Rabbi ?la présente question s’avère à la fois simple et profonde ; elle est simple dans la mesure où notre écrivain est très modeste jusqu’à la confusion et elle est profonde du moment qu’écrire pour l’écrivain érudit Habib Daim Rabbi, se veut une activité qui lui est intrinsèque .En lisant Habib Daim Rabbi on commence par interroger les mots et leurs connotations,je peux avancer sans aucune réserve qu’écrire pour Habib Daim Rabbi devient sonder les êtres ;les choses et la langue .A cet égard , je me permets de poser cette question combien simple ; laconique mais profonde .Peut-on prendre un récit Daimien et ôter des mots pour essayer de les remplacer par d’autres ?A mon humble avis,ça serait une mésaventure ; car Habib Daim Rabbi,choisit les mots avec précision et finesse ,ces mots se veulent adéquats et précis, un mot ne peut combler le vide d’un autre.
Ce jour là la parole fut princesse ,on écoutait Habib parlait , comme est son habitude ,avec son débit lent , ses idées qui émanent de l’âme ;de la vie et du vécu,avec une aisance à envier. Lors de son intervention il a pu démontrer les critères de l’écriture /problématique de l’innovation ; du génie ; l’écrivain se veut pour Habib cet Etre qui tient dans sa pomme des charbons ardents, aucune autre main n’aura ce privilège, mais si ceci ne relève jamais du don Divin tout simplement ; mais de la lecture , du vécu, et de la conception de vécu.. tout en démontrant , et en parlant il avance ; j’ai écrit ;j’ai vécu et je vis…
Comme il a parlé de l’in terextualité thème qui lui est cher ..
En fait pour écrire doit on se plier à ce qu’on appelle un don ou un penchant ;ou doit au contraire,être forgeront pour pouvoir forger le verbe,le rendre docile à la main , et le rendre très commode à nos plumes et ami de nos pupitres..
Lire se veut un exercice culturel, quand on lit/lie est ce qu’on cherche le plaisir du texte ,ou lit on pour s’évader ;et quoique que ce soit l’objectif de la lecture, en lisant on accepte bon gré un schème narratif ou poétique,et même si l’on opte pour le don la lecture reste souvent l’appui de ce dit don. La lecture s’apparente à l’antirouille du don, mis il ne faut nullement oublier l’expérience vitale, un écrivain mène sa vie au sein de la société , et vit goûte que goûte sa vie ,observe avec clairvoyance , ce qui l’entoure , et c’est l’important. c’est dans ce sens que le crépuscule en tant que situation naturelle s’interprète selon les états d’âme ;les états d’esprits et selon les personnes .On peut inviter une dizaine de personnes pour contempler le crépuscule, mais chacun va ressentir selon ses penchants ,comme on peut trouver un commun des mortels qui va pas contempler le crépuscule mais il va s’introvertir(franchement parlant ce verbe n’existe pas mais …)et contempler son crépuscule à lui, comme il y a celui qui va voir en cet exercice , pour moi vital, un rien un surplus , peut -on d’un coup devenir écrivain ou poète et mériter ce statut ?
Eh oui ! j’ai failli oublier les cultivés qui se sont présentés ce jour à titre d’exemple ;l’écrivain Hasan Najeh ;Hicahm ben chaoui ;le poète Moutaki ; Tahar laknizi et Azeddine Maizi ,Najat ssarrar,Chakib Abdelhamid; et d’autres figures fans de la culture ; qui ont garnies la médiathèque par leur présence et leurs participations..
La rencontre fut fructueuse, le dialogue était ce jour bien honoré
Au plaisir de se revoir convives du verbe révélateur.
Don Quichotte à la marocaine
D’Azemmour à Mexico: L’extraordinaire odyssée D’ESTEVANICO, premier Marocain à traverser l’Atlantique et l’Amérique
M.Amengual
L’une des pages les plus fascinantes de l’histoire américaine a débuté ici, dans les Doukkala, dans cette ville d’Azemmour où naquit, au tout début du XVIème siècle celui qui fut le premier à traverser d’est en ouest cette Amérique-là, depuis la côte atlantique jusqu’au rivage du Pacifique. S’était-il imaginé, quand il courait, enfant, dans les rues d’Azemmour, ou sur les berges de l’Oum er-Rbia où il pêchait l’alose, qu’il allait , lui, pauvre berbère au teint noir, issu d’une famille musulmane anonyme, changer le destin du monde et devenir un héros de légende….si mal connu pourtant sur cette terre qui l’a vu naître.
L’histoire ne dit pas exactement quand il est né. Sans doute en l’an 1503. Une dizaine d’ années plus tard, le Portugal du roi Manuel 1er occupa Azemmour, avec son cortège d’exactions, de combats sporadiques et de razzias ( mais aussi ses moments d’entr’aide réciproque… ) Dans les années 1520, s’abattit sur la région une terrible famine. Il fallait survivre ! Un Portugais captura alors un jeune Maure pour le réduire en esclavage et le vendre au plus offrant. Mustapha devait avoir 17 ans, il était fort, on en tirerait sans doute un bon prix ! Son « maître » l’amena au Portugal où il le vendit à un Espagnol plus fortuné, le capitaine d’infanterie Don Andres Dorantes de Carranca. De Mustapha, il devient Stephan ou Estevan…Son nouveau maître l’aimait bien : Il l’appela Estevanico, le petit Stephan ! Il avait fait de lui son ami, son confident. Appelé par l’empereur Charles Quint à rejoindre d’autres conquistadors et poursuivre la colonisation du Nouveau Monde que Christophe Colomb avait découvert une trentaine d’années plus tôt, le capitaine décida d’emmener avec lui son jeune esclave…Pour Mustapha El Zemmouri, une nouvelle aventure commençait, qui débuta en 1528 pour se terminer tragiquement en 1539.
Une odyssée qui dura une dizaine d’années et fut une succession de revers, de calvaires, de privations….et d’intimes moments de bonheur pour Estevanico que tout le monde amérindien admira très vite et où il fut très populaire.
La compagnie d’infanterie du capitaine Dorantes comprenait quelques trois cents hommes, une quarantaine de chevaux, de la nourriture pour un long voyage…avec beaucoup d’angoisse aussi, car personne ne connaissait vraiment la navigation, ni le sort que les attendrait dans un monde inconnu. Le mauvais temps s’invita, avec ses ouragans, ses lames de fond, ses rafales de vent, qui dépecèrent leurs embarcations. On parlerait aujourd’hui de cyclones et de typhons… Et quand ils atteignirent les côtes de Floride, après une escale à Cuba, l’équipée était déjà en partie décimée. Mais la route était encore longue…et dangereuse. Les attaques des « Indiens », ces populations locales dont on ne connaissait ni les réflexes ni les coutumes, ni les langues, firent aussi des ravages, ajoutés aux maladies, aux morts d’épuisement. Ces conquistadors en étaient arrivés à se manger entre eux, quand ils ne pouvaient plus se nourrir de la viande de leurs chevaux. Certains furent capturés par des tribus indiennes et réduits en esclavage…D’autres préférèrent faire demi-tour…et aller où ?
De la compagnie en pleine déroute, il ne resta au bout du compte que quatre rescapés, dont Estevanico. Il faut dire que Mustapha el Zemmouri avait un charisme particulier. Il était vite devenu l’ami des Indiens dont il avait appris les langues ; ils l’appelaient « le fils du soleil » ( Il arrivait de la région où le soleil se lève !), et venaient de toutes parts le consulter car il passait pour un guérisseur ; sans doute son enfance doukkalie lui avait-elle permis de connaître quelques rudiments de médecine traditionnelle. Il servait aussi d’intermédiaire entre les indiens et les conquistadors espagnols. Ainsi, a-t-il pu traverser tout le continent nord américain : de la Floride à la Californie, de l’est à l’ouest de l’Amérique, en découvrant de nouveaux territoires appelés aujourd’hui : la Louisiane, le Texas,l’Arizona,le Nouveau- Mexique. Une marche de milliers de kilomètres à pied qu’il réalisa en dix ans. Et c’est en héros qu’il arriva, le 25 juillet 1536, escorté par des centaines d’« Indigènes », dans Mexico, la capitale de ce qui était alors la Nouvelle-Espagne, devenue ensuite le Mexique.
Miné par la maladie, son maître Dorantes choisit le retour vers l’Espagne ; Estevanico, lui, préféra rester avec les Indiens dont il se sentait si proche…Et puis, sans doute se disait-il que s’il retournait en Espagne, il redeviendrait esclave alors qu’ici, dans ces grands espaces verdoyants qui lui rappelaient certainement son enfance, il se sentait en liberté. Dorantes le céda donc au maître des lieux, Don Antonio de Mendoza, vice-roi de la Nouvelle-Espagne. Celui-ci, fort content d’avoir un gaillard comme lui dans ses troupes pour continuer l’exploration de ce Nouveau Monde inconnu, lui rendit en quelque sorte sa liberté en lui donnant comme mission d’aller explorer la Cibola,une contrée lointaine où l’on disait que se trouvaient sept villes d’or, cet Eldorado qui faisait rêver tous les aventuriers.…Estevanico s’y rendit en éclaireur, revêtu de ses habits de chaman qui impressionnaient tant les indiens, avec ses plumes, ses amulettes, sa gourde parée de bijoux…Mais arrivé en pays Zuni, il dut affronter l’hostilité du chef de la population locale pour qui les attributs dont il était paré étaient considérés plutôt comme des symboles de mort, alors que partout où il était passé auparavant, cela lui avait servi de passeport …Un malentendu tragique ! Le chef zuni transperça d’une flèche le corps d’Estevanico…
Le reste de l’expédition apprit avec terreur la mort de son guide…L’exploration continua néanmoins, mais au lieu de cités resplendissant sous les monceaux d’or et de pierres précieuses, ils découvrirent…. du maïs et des haricots… La dépouille d’Estevanico, elle, avait été découpée en petits morceaux et donnée aux membres de la tribu des Zunis.
Ainsi s’acheva l’extraordinaire odyssée de celui que certains ont appelé l’Ulysse d’Amérique. L’histoire telle que contée ici est trop brève et naturellement incomplète. Si elle a été longtemps occultée par la société espagnole (Comment en effet , quelques décennies après la Reconquista qui a vu chasser les Arabes de la péninsule ibérique, présenter aux Ibères de tels exploits réalisés par un jeune maure, musulman, noir et esclave ?…) cette légende est toujours vivante aux Etats-Unis. L’Amérique de couleur ( celle des Noirs, des Hispaniques, et d’autres « minorités » ! …) s’en est emparée pour la faire sienne : Estevanico a payé de son sang sa liberté retrouvée….Comme Martin Luther King des siècles plus tard…comme d’autres peuples, d’autres personnes aussi, dans ce Nouveau Monde ! Qui mieux que lui, qui a connu trois continents ( l’Afrique, l’Europe, l’Amérique ), a vécu au sein de trois modes de croyance ( l’islam, le christianisme et le paganisme), a su parler dans leurs langues à des peuples aux cultures si diverses, qui donc pourrait servir d’aussi beau symbole pour une passerelle entre les nations et les peuples…pour un dialogue des civilisations, des cultures et des religions qu’Estevanico , avec son cœur tout simple, a pratiqué il y a près de cinq siècles ?…
Il y a, à Tucson, au Texas, à la frontière des Etats- Unis et du Mexique, un « Parc Estevan » où l’on a édifié tout un circuit qui retrace l’extraordinaire aventure de ce premier homme « noir » en Amérique du Nord, d’un simple esclave devenu conquistador, conquérant…D’un garçon ayant toujours vécu dans l’ombre de quelqu’un pour devenir Fils du Soleil et meneur d’hommes! Son histoire a suscité bien des romans et des travaux d’études aux Etats-Unis comme au Mexique. Une association, « Estevanico Society », s’est fixé comme but de rechercher, sur le plan universitaire, tout ce qui pourrait permettre de mieux connaître l’histoire de cet enfant du pays. Si vous voulez donner votre avis sur Barak Obama, le premier noir américain à accéder à la magistrature suprême de la première puissance du monde, vous pouvez le faire sur le site américain : mindofestevanico.vox.com. (« l’Esprit d’Estevanico »…comme il y a « l’esprit de Fès »! ). Les enfants puisent dans des bandes dessinées leurs rêves de gamins avides d’aventures magiques ; les poètes s’enivrent juste à l’écoute de son nom, et j’ai en mémoire, ces quelques phrases d’un livre merveilleux écrit par l’Américaine Pamela Russel, malheureusement non encore traduit version française : « Les fleurs sauvages »( Wild flowers), où Jasmine dit à Estevanico :
- Vous aimez la mort, Estevanico ?
- J’ai vécu toute ma vie avec la mort au fond de mon âme. Mais vous n’êtes pas à ma place !
- Etes-vous sûr que je ne le suis pas ?
Au Maroc, de rares articles ont été écrits sur Mustapha le Zemmouri dans des journaux et des revues. Deux ouvrages relatant son aventure ont été également publiés par des chercheurs marocains : Hamza ben Driss Ottmani , avec son passionnant récit en langue française « Le fils du Soleil : l’odyssée d’Estevanico de Azemor » (éditions La Porte- 2006) , et Mustapha Ouarab, qui a publié en langue arabe « L’aventure d’Estebanico Al Azemmouri, d’Azemmour à l’Arizona »….Grand mérite à leurs auteurs ! Et le site www.eljadida.ma en a chaque fois rendu compte. Bravo là aussi !
Sans doute cette histoire fascinante devrait-elle être rappelée dans les guides touristiques ainsi qu’aux visiteurs étrangers qui veulent en savoir plus sur le passé de cette ville. Et les Zemmouris de souche et de cœur ont du mal à comprendre le silence qui entoure cette aventure et pourquoi une place ou une rue ne porte pas le nom de ce héros inconnu abandonné aux oubliettes de l’Histoire. Lorsque sera terminé le grand projet touristique « Mazagan » qui élargira Azemmour, le moment ne sera-t-il pas venu d’organiser aussi un colloque international sur Estevanico de Azemor, fils du soleil, mais surtout fils des Doukkalas ?
Auteur : Michel Amengual
Eljadida.com
Récit en Commun
Cher(e)s ami(e)s permettez moi de vous proposer l’idée d’écrire tous ensemble un récit commun,sans même prédéfinir le thème,ni les techniques narratives transcendantes ,sauf le plaisir de relater librement… Veuillez de laisser vous ajouts dans le volet des commentaires.Merci.
***********Prologue************
Ce n’était pas un jour,mais c’était une nuit hivernale que la vie de Oueld MMi Tamou avait pris,à jamais,un goût de sel acide et amer.Une flute lointaine fut prete à annoncer tristement l’oraison funebre future d’un pauvre blédard qui ,heureusement,n’avait eu rien à perdre,sauf sa mere et ses réves , car il n’avait pas encore assez véçu pour que les paroles prennent outrage!
Oueld MMi Tamou est fils unique d’une mère unique… dans son genre , et ….pour sa famille ; elle était la plus belle fille de sa tribu ; tous les jeunes du douar la souhaitaient ; mais elle n’aimait que Moustafa oueld El hadj Hadou ; chaque jour au lever du soleil ;ils se rencontrèrent dans le verger du doukkali ;où ils partageaient cette passion déchaînée…
Les jours passèrent ; les nuits se rassemblèrent mais ne se ressemblèrent pas ; leur belle histoire finit bien sous le même toit ; ils menèrent,pour qulque temps, une vie comme dans les contes ; ils ont partagé une vie sereine sans haine , ni jalousie gratuite , ni doute ..El Arbi ; fut le fruit de leur passion ..
MMi Tamou avait une beauté rare , elle était ravissante ; et Moustafa son mari était robuste et virile ..
Mais les aiguilles de l’horloge tournaient et on ne savait pas ce que madame la vie leur cachait dans la poche de M. le Destin ..
Un jour Moustafa rentrait tôt des champs ; il souffrait d’une douleur grave ; MMi Tamou lui a préparé une tisane des plantes médecinales de la région ..mais Moustafa souffrait toujours ; alors elle court chez ses frères ; une fois ces derniers ont vu l’état de leur frère , l’un d’eux courait pour appeler le sage Chrif Benomar; il a prit comme monture un âne éflanqué; dans une demie heure le guérisseur arriva ; il entra ; consulta le malade le toucha ; lui posa des questions ; et passant sa main sur sa poitrine,sur ses pieds ; il dit à sa famille fermement: trop tard c’ est trop tard ……
Le pauvre Moustafa fut proie à un scorpion qui injecta son venin dans ses veines ; le pauvre n’a pas su que ses douleurs étaient à cause d’un scorpion qui s’abritait dans ses champs .. MM Tamou est devenue livide ; trop tard veut dire que son cher mari ne peut être sauvé et que la vie va lui montrer sa face obscure ; toute la famille entourait le pauvre , à minuit il interpella sa dame avec une voix très faible : prends soin de toi et du petit ; vos âmes sont dans mon cœur , ne crains walou (rien ) Dieu est Grand…c’est lui seul qui a tracé notre destinée ; on ne peut que plier l’échine ..
MMi Tamou lui serrait les mains en pleurant et en sanglotant ; quelques minutes plus tard le pauvre expira son dernier soupir..
MMi Tamou , la pauvre , veuve très jeune ; elle hurla ; cria courait comme une folle le long de la chambre ; ses jérémiades emplissaient les cœurs d’une tristesse très profonde…..
Six mois s’écoulèrent l’enfant est encore petit ,et elle est aussi encore jeune ; son corps dégagé toujours sa beauté généreuse ..les jours s’écoulèrent mais sa beauté se s écroula pas.
Les prétendants commencent à frapper à sa proche ; avec insistance, un jour elle s’enfuya du douar dès l’aube….
Parmis ces souvenirs ternes clignotait un fil de lumiere:Une jeune femme,en traversant des sentiers épineux,portait sur le dos un enfant et à sa main un panier de jonc.Elle fut,sans nulle doute,
triste,seule,effrayée…angoissée ;couvrant son bébé dans son dos ; elle marchait à travers les champs et les prairies ; elle portait quelques haillons : et comme ravitaillement ; elle portait un pain et du lait caillé ;ce fut un temps printanier ; le verdure prédominait partout ; les champs ; les prairies ; les près ; et les collines ; les oiseaux gazouillaient ; les papillons voltigeaient ça et là ; le ciel limpide ; et le soleil comme un orange quittait enfin son lit pour offrir à l’univers la chaleur , l’amour et l’espoir.. lalla Tamou est déprimée , privée d’amour ; de chaleur et d’espoir , son horizon est devenu noir si noir qu’elle désespéra de la vie ..Elle tournait sa tête à gauche et à droite mais y ‘avait personne …Ses pieds ne pouvaient plus la porter ; elle dit dans son for intérieur , « elle ne me reste plus rien et je trouverai un abri » , et elle traîne ; elle ne marche plus …après le battement d’un quart d’heure , elle a aperçu au loin une tazota abandonnée ; à l époque les habitants de la région habitaient dans ces tazotas ; son cœur étaient joyeux lors de cette retrouvaille spatiale elle y entra , mis un morceau de tissu par terre ; s’assit ; pris son bébé entre les bras , ouvrit le sac , pris le pain et le lait caillé ; après elle donna à manger au petit …jouissant de ces moments de repos ; elle décida de continuer son aventure , elle marchait , marchait ;laissant une vie derrière elle ; une vie riche des souvenirs ;qui tantôt mortifient le cœur et tantôt le fortifient ;elle pensait à ce qui va venir et advenir ..après plusieurs kilomètres ; elle rejoignit la route ..elle s’assit au bord de la dite route ; un car vint ; et elle y monta , sans savoir au juste où aller : ni que faire , ni ce qui l’attend … à travers la fenêtre les arbres lui paraissaient comme s’ils marchai ent à rebous ………
Grains du Bled
GRAINS DU BLED
Ou
la Comédie de l’Ecriture
Par Yann Venner
Ce roman du marocain doukali Habib Daim Rabbi a été traduit par sa consoeur en écriture, Habiba Zougui, femme poète d’El Djadida.
Habiba, en fine et habile lectrice, en auditrice libre et habituée des contes dits à voix haute devant la halqa, a longtemps travaillé sur cette traduction en français actuel, traduction au plus près du style de l’auteur, dont le roman, vaste et très varié, décline à l’infini, toute la palette des niveaux de langue.
Décidément, après notre grand Driss Chraïbi, citoyen-voyageur né en 1926 à El Djadida, dont le rire résonne encore à nos oreilles, les lectrices et lecteurs de la région d’El Djadida ont de la chance.
Un auteur comme lui a toutes les cartes de l’écriture en main. L’autre lui servant à écrire, je présume !!!
Pour écrire cette préface, je m’appuierai donc sur les notions de : point de vue, de l’humour comme moteur de la narration et comme catharsis, de la polyphonie et du dialogisme de cet inénarrable texte, de la moquerie, du sérieux et du grotesque réunis, de « l’interventionisme » de l’auteur dans son écriture même, du roman à tiroirs, et enfin de la littérature transformée en oraliture.
Le narrateur a eu recours à l’astuce du jeu de cartes. “les trois cartes “en effet, le narrateur empêtrait souvent le lecteur virtuel, en lui, cédant la carte d’échec. En fait chaque fois que le lecteur virtuel aspire atteindre le secret narratif, ou mieux encore, les astuces narratives, des vacuités se dressent comme des barrières devant le lecteur.
Et par quoi les combler ? Seuls les grands joueurs de hasard possèdent cette faculté. Si ceci est vrai, à ton avis, où réside cette astuce ? (je prierais que tu sois dans une mauvais impasse)… »
Une étude plus longue serait nécessaire, mais ne vaut-il pas mieux s’adresser directement à l’auteur, afin de ne pas trop délirer sur son texte ?…Vous pouvez donc sauter cette préface !
Le mot « grains » relève du registre courant. Il semble annoncer, par sa multitude, une amplification possible.
Le deuxième mot bled, au singulier fait appel à un lieu, un espace, une géographie non précisée et précisée à la fois. Il s’agit d’un bled mais pas de n’importe quel bled : « du bled ». Le déterminant « du », article défini contracté, donne une appartenance, une origine, un enracinement au mot « grains ». Le bled est un mot qui relève du registre populaire. Ce village existe et n’existe pas. Sera-t-il situé ou non situé dans le temps et dans l’espace ?
Le titre, paradigme explicite, va-t-il correspondre à notre horizon d’attente ? Ou nous faire violence ?
1) Les points de vue :
Le fait d’avoir la même histoire vue par des narrateurs différents est assez impressionnant par son resserrement et sa densité. En effet, vingt histoires, présentées en chapitres courts et très incisifs, n’inclinent certes pas ni à la monotonie, ni à la répétition du même, ou pire à l’ennui. Petits contes en tranches, réunis sous le nom de roman, voilà l’idée même de cet habile joueur de mots : Habib Daim Rabbi. Nous distraire sous un déluge de phrases, de narrations jouant sur le mentir-vrai cher à Louis Aragon. A peine une histoire se termine, qu’elle est aussitôt relancée par un contradicteur, un narrateur homme ou femme, qui se permet de faire rebondir l’enquête – plutôt que l’histoire. « La narration rapiécée fut plus invraisemblable que la première version… »
Car il s’agit bien ici d’enquêtes multi-polaires. L’auteur lui-même posant l’énigme et intervenant comme démiurge, par focalisation externe. Il est le maître du jeu et délivre les cartes et la parole comme bon lui semble, au gré d’une fantaisie en apparence légère ; mais très étudiée.
« Ce qui compte c’est la mort en tant que telle…son essence…
qui fuira l’épée, mourra d’une autre cause… et comme dans les romans policiers, le criminel est souvent loin des doutes ainsi c’est
celui qui croyait vivre longtemps qui sera l’objectif de la mort… celui qui croyait qu’on lui creuserait sa tombe vivra longtemps. »
Les points de vue divergent donc. Le personnage de Salloumi, anti-héros et support de ce roman, fil rouge, est traité de façon très moderne. Dans cette écriture à la fois baroque et surprenante, les points de vue ( de Salloumi, de son fils, de son épouse, du roi, de ses ennemis,) dessinent des galeries aux miroirs déformants. On est presque aveuglé par des miroirs aux alouettes avec personnages : « ces vivants sans entrailles », écrivait Paul Valéry.
Cette notion de point de vue est capitale chez l’auteur, qui déstabilise ainsi la narration et la notion de vérité, par sa propre véracité.
2 ) L’humour, moteur de la narration et de la catharsis.
« Que deviendrai-je sans le rire ? Il me purge de mes dégoûts, il m’aère… Il est le signe que je ne sombre pas tout à fait dans la contagion du monde… où j’évolue. » Jean Cocteau.
Les mots, par les jeux qu’ils inspirent, permettent de métamorphoser les êtres et les choses. Le langage, au-delà du carcan de la rhétorique, libère la matière, crée le vrai et le faux, tente de saisir l’essence même de la vie et de la mort.
Habib Daïm Rabbi en est plus que conscient. Si « l’humour est la fiente de l’esprit qui s’envole », selon Victor Hugo, l’auteur s’y roule à plaisir et nous entraîne dans cette fiente, cette épaisseur du langage, cette matière brute, engrais pour nous fortifier et par là même, faire fructifier son propre roman. Aux limites de l’excès, la comédie des mots nous montre un univers réversible, baroque, fait de fausses perles. Indécision et mouvance, purgation de nos passions, doute, double sens, non sense anglais quelquefois, tout est bon à retirer de ce terreau, de ce guano.
« Quel dommage !”locution que le défunt n’a pas articulée. Mais il fut obligé d’être son locuteur après sa mort. Ceci ne souffre pas la plaisanterie… »
La catharsis (purgation de nos passions) est présente. Afin que l’on rit - des autres, et aussi de l’écrivain en train de jubiler, de nous faire violence en nous tendant ses pièges qui nous ravissent. L’auto-dérision est là, garde-fou de nos pensées, afin que notre lecture garde son effet de distanciation, (Verfremdungseffekt : mise à distance ) comme dans le théâtre de Brecht.
L’humour est ici mis en scène, sorte de théâtre à la Ionesco, à la Beckett, à la Valère Novarina… Habib Daïm Rabbi nous demande même dans un de ses chapitres, si l’on sait le lire ; et l’auteur de nous poser des questions sur la (littérature) critique universitaire qu’il fustige, comme Molière fustigeait le discours ampoulé et farfelu des médecins. On nage dans l’auto-dérision en riant à gorge déployée. C’est un roman de chair vive, de rire vrai, où se catapultent le grotesque et le sublime, antinomie que l’on retrouve dans le théâtre de Shakespeare et de Hugo.
3) Polyphonie et dialogisme
Plusieurs voix se répondent donc. Les répliques ont l’apparence du naturel. Les narrateurs et personnages donnent l’illusion qu’ils improvisent. Une double énonciation (personnages se parlant & s’adressant au destinataire : le spectateur/lecteur) fonctionne. Elle est à l’oeuvre, se déroule, s’étale en des aller-retours incessants : didascalies, apartés, monologues ou soliloques, ruptures de ton, de style, de niveaux de langue : grossier, savant, neutre, poli, affecté, courtois…
Toute cette machinerie violente - au service de l’énonciation - est une arme qui crache ses phrases, telle une arme de combat. Combat littéraire, arme à répétitions, subterfuges calculés et étudiés, sur le fil du rasoir et du délire sain. Fonction auto-référentielle et écriture en miroir, tels les blasons, images dans l’image, mises en abymes, définis par Gide, participent de cette polyphonie et de ce dialogisme. « Ils parlent, d’une éloquence classique, en dissimulant un dialecte qui emmagasine et exhale une vaste méchanceté, perfide. Plainte, simple plainte étouffée et incertaine, qui s’évada de l’encensoir et qui enflamma les arbres, les pierres, et les êtres humains. »
On perçoit dans ce roman l’illusion du réel, la double énonciation et les types de discours qui entraînent les principales fonctions du langage quasi théâtral. Nous avons donc bien à faire à une comédie de l’écriture.
4) Moquerie, sérieux, grotesque
-Fonction référentielle qui permet de transmettre un contenu informatif : l’histoire de Salloumi.
-Fonction émotive, ( centrée sur le locuteur) qui permet l’expression des sentiments et traduit la position du locuteur par rapport à son énoncé. Salloumi pleure, rit, se confie, les autres personnages aussi.
-Fonction conative centrée sur le destinataire. Elle permet au locuteur d’agir sur le destinataire ou de provoquer une réaction par un énoncé injonctif – quand un personnage ou l’auteur nous prend à partie, nous demande de participer ou de répondre à des questions, à des QCM ! « Essaye de réécrire par ton propre style, une histoire cohérente en se basant sur les faits et les événements précédents en respectant ce qui suit :
Suivre l’itinéraire ordinaire de la vie de Salem Salloumi. Commençons par le moment de son… »
-Fonction poétique centrée sur le message, qui rend compte de la dimension esthétique de l’emploi du langage.
Mais toutes ces fonctions sont dissimulées dans le discours et le récit aux allures grotesques, sérieuses, savantes et cavalières. L’auteur est un cheval et un cavalier qui rient. Habib Daïm Rabbi pratique l’énonciation sous toutes ses formes, tisse un tissu cocasse, plein de joie et de vitalité.
La comédie fait triompher la farce. Vices, bouffonneries, rebondissements, mentir-vrai, combat pour la liberté, écriture débridée, minent le récit canonique, la doxa.
5) Roman à tiroirs, « interventionisme » de l’auteur
Observons la façon qu’a l’auteur d’intervenir dans son texte dès l’incipit : « Enoncé que le concerné n’a pas dit, peut être, mais ces fils de chiens, ces dépourvus de grandeur d’âme, l’ont répété pour des motifs explicites et d’autres qui resteront à jamais secrets.
Ils ont créé des préambules, des conditions d’existences et des interprétations adéquates : évasion, retour, avance, recul, tout en même temps.
Expression banale, mais c’est du feu qui brûle leurs langues, partie tôt. »
Ce simple exemple annonce la construction du récit. Il est l’amorce de la complexité de ce roman où s’enchevêtrent passé présent et futur, il, je, et nous, personnes et personnages.
Tourbillon, maelström, vortex, écriture spiralaire, tout est bon à Rabib Daïm Rabbi pour faire feu de tout bois.
L’auteur prévient que ce récit sera complexe, trouble, aveuglant, avec ses prolepses et ses analepses, avec ses vingt histoires dans les histoires – comme autant de tiroirs - fermés et ouverts tour à tour - dans ce meuble mobile appelé roman.
Au dix-septième siècle, Scarron et Charles Sorel ont utilisé aussi ce genre de procédés, jouant dans les marges de la littérature, découvrant des espaces d’écritures nouveaux.
Habib Daïm Rabbi donne ainsi une première clé de lecture in medias res, c’est à dire dès le début du texte – sans description ni décor. Avec le modalisateur « peut-être », le narrateur met en doute la véracité des propos qui vont être tenus.
Mis en alerte, « rendu inquiet », méfiant et vigilant, comme l’exigeait Picasso d’un observateur de sa peinture – expression reprise par Rachid Boudjedra pour la lecture de ses romans – le lecteur de ce « roman » aux airs loufoques, est prévenu. L’auteur donnera même, quelques chapitres plus loin, cette injonction au lecteur :
« Encadre l’histoire part un arrière –fond historique : glisse les grèves des étudiants, fins des années soixante, les coups d’état des débuts des années soixante-dix. Les années qu’on a convenu de nommer : les années de braises et de cendre. La décadence de soixante –sept ; la première guerre du golfe, la deuxième guerre du golfe, la troisième guerre du golfe, tout en répondant correctement aux questions. Quiconque sera surpris en flagrant délit de tricherie sera exclu. Après avoir profité d’une bonne correction, qu’Allah te métamorphose en stupide !
Bel exemple d’interactivité et de provocation non gratuite qui illustre cette violence du texte.
D’autres exemples foisonnent dans le texte. Terminons donc avec cette nouvelle comédie de l’écriture qui joue sur la langue orale et sur la langue écrite.
6) De la littérature à l’oraliture
Nous savons que le conte est souvent écrit pour être lu, raconté devant un public, la halqa, au Maroc ou ailleurs. Et le conteur qui a entendu ces vingt histoires consacrées à Salam Salloumi, peut les interpréter selon son humeur, selon son public, selon son propre caractère.
La trame est là, figée dans le texte, mais une part d’improvisation, de changements de ton – selon que les spectateurs/auditeurs soient plus ou moins réceptifs – est toujours possible ; le conteur reste libre de changer une expression, un paradigme, un mot, une phrase. Il peut interagir sur son public et exercer ainsi un travail d’interactivité.
L’oraliture serait donc ce concept de « racontars » comme le pratique aussi l’écrivain norvégien Jorn Riel dans ses Racontars arctiques : « UN GROS BOBARD et autres racontars, La vierge froide et autres racontars, Un safari arctique, Un curé d’enfer », etc…(Gaïa Editions en pages roses, et aux Editions10/18 domaine étranger).
Ce roman de Habib Daïm Rabbi – composé de vingt chapitres non numérotés, de vingt versions d’une « même histoire », de vingt contes qui ne se disent pas, est un feu d’artifice littéraire. Il nous fait lever la tête, regarder plus loin que la seule littérature. Il nous entraîne loin de la doxa.
Allah devient formule d’excuse et de politesse, exutoire, palliatif, pour les fautes et abus de langage utilisés par les divers protagonistes de ce récit débridé.
L’oraliture serait donc cette manière de dire - et non plus d’écrire - cette parole libérée du cadre - strict et souvent inhibiteur - du champ littéraire.
Une comédie de l’écriture ( baptisée oraliture) met en scène et dévoie l’écriture, la renversant de son piédestal dans un fracas de rire provocateur et subversif. Comme chez Rabelais !
Oui, Habib Raim Rabbi – par la violence de son texte - est un écrivain subversif, un provocateur intelligent, un auteur dangereux pour les cuistres et les intellos de pacotille.
Son écriture reste inclassable, non étiquetable.
« Je ne suis pas un écrivain présentable », dans tous les sens du terme, semble-t-il nous dire. Cette citation de Driss Chraïbi à propos de lui-même annonce un écrivain moderne et postmoderne à la fois ; mais Habib Daïm Rabbi s’en moque, comme… de son premier grain de semoule.
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Yann Venner, enseignant-chercheur, poète et écrivain .
Blog http://venneryann.over-blog.fr/
Ecriture et Art dans la région des Doukkala
Aprés avoir édité plusieurs livres littéraires et scientifiques l’écrivain et chercheur Bennouri Dr Habib Daim Rabbi,vient de publier ,recemment,un nouvel ouvrage en langue arabe concernant les potentielités de la région de Doukkala intitulé (Ecriture et Art dans la région de Doukkala) sous forme de guide documentaire exhaustif de la mouvance culturelle et artistique regionale.oü on peut lire des centaines de biographies et bibliographies des ecrivains et artistes dans tous les domaines,tels,Littérature,Histire,Droit,Théatre,Cinéma,Entrprise,Art plastique,Pédagogie,Presse etc….depuis Sidi abderrahmane Almajdoube en passant par Driss Chraibi,Khatibi,Laroui,Taha aberrammane et des dizaines d’autres..jusqu’à la nouvelle génération ,pour en citer que des examples de Sidi Bennour:Ali Bouzerda,Laknizi Taher,Mustapha Taoubi,Najat Zarrouk,Fatna Saig,Dounia ElKorchi(Cha3ira),Elghaouti lmahdar,Redouane kacimi,Issad mostapha, Zahra Dahhane,Driss Lamrabt,Bouchaid Saouri,Mohamed waqidi,Mohammed Bahi,Mostapha masnaoui,Mohamed bahi,Mouhoub abdelkrim,Kiaki aberrahmane,Abdelmjid Belafhal,Habib daim rabbi…et autres,sans oublier les correspondants des journaux et les sites électroniques relatifs à la region….le guide contient également des fragments et des citations propres à chaque écrivain,son numero de téléphone et son adresse électronique.Le livre est préfacé par-un blédard Ferji- dr Mohammed Fakhraddine.
Pour tous renseignements contacter: habibdaim@yahoo.fr
